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Programme 2026-2027

Le séminaire se tient une fois par mois (17h30-19h30, octobre à juin) au Jardin des Plantes (amphithéâtre Rouelle).

Il est  d’accès libre aux doctorants, étudiants de master et aux chercheurs. La validation du séminaire par les doctorants repose sur l’assiduité. Les étudiants de master, du MNHN ou d’autres établissements, peuvent demander la validation de ce séminaire dans le cadre de leur cursus après accord du responsable pédagogique de leur formation. L’assiduité des étudiants est requise ; elle est complétée par une épreuve écrite en fin d’année.

Les étudiants (doctorat, master) intéressés sont invités à prendre contact avec les responsables du séminaire (Maddalena Cataldi, Adèle Chevalier, Arnaud Hurel).

Dates de nos prochaines séances (détail du programme à venir) :

Jeudi 29 octobre 2026 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : mesdames Alice Laforêt et Claire Le Borgne (direction des bibliothèques et de la documentation, MNHN) :

Sortir du cadre ? Carrières et réseaux des dessinateurs de la collection des vélins du Muséum (1840-1880) : l’émergence de parcours atypiques

Jeudi 19 novembre 2026 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : Mme Adèle Chevalier (CNRS, Centre Koyré)

Des Collenia aux anciennes traces de vie: la place des stromatolites de la collection Monod dans les réflexions sur les origines de la vie (1930-1950)

Jeudi 10 décembre 2026 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : M. Julien Brault (INHA)

Jeudi 21 janvier 2027 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : M. Alexandre Lunel (Université Paris 8)

La faculté de médecine, la Maison du roi et le Jardin du roi (XVIIe-XVIIIe siècles) [titre définitif à venir]

Jeudi 25 février 2027(17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : Mme Diane Courtin (Paloc, MNHN, OPUS SU)

Une histoire des activités savantes par l’analyse muséographique : la mise en scène des chaires de botanique en leur galerie (1841-1935)

Jeudi 25 mars 2027 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : M. Hugo Vermeren (CNRS, UMR 7303 TELEMMe)

Le moine algérien “Coco”, les savants et les pêcheurs. Histoire des phoques de Méditerranée (Monachus monachus, Hermann 1779) des collections du Muséum national d’histoire naturelle

22 avril 2027 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : Mme Francesca Antonelli (université de Bologne)

Mme Paulze et le Muséum au prisme des sociabilités savantes [titre définitif à venir]

20 mai 2027 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : M. Maxime Guttin (Collège de France)

Matérialité, mobilité et régime de connaissance dans la construction du cerveau comme marqueur de la race dans les empires français et britanniques (fin XVIIIe-milieu XIXe siècle)

17 juin 2027 (17h30, amphithéâtre Rouelle du Jardin des plantes) : Mme Maddalena Cataldi (CNRS, LAHRA)

La science internationale dans entre-deux guerres. Les réseaux de la recherche en paléontologie humaine entre Paris et Rome

La science internationale dans entre-deux guerres. Les réseaux de la recherche en paléontologie humaine entre Paris et Rome

Les caméramans du Groupe universitaire fasciste (GUF) pénètrent dans les grottes du Circeo pour tourner un film sur la découverte d’un crâne de Néandertal (Archives de l’IsIPU, Anagni)

Dans les années 1920, l’Institut de paléontologie Humaine (IPH) de Paris, créé en 1910 en lien avec le Muséum, s’était imposé comme une référence scientifique en Europe pour l’étude de la paléontologie humaine. Il fédérait une communauté internationale de chercheurs (préhistoriens, anthropologues), à une époque – après la Première Guerre mondiale – où les congrès internationaux se réunissaient plus rarement et où ce domaine de recherche apparaissait de plus en plus fragmenté selon les lignes des différents nationalismes actifs en Europe.

Les sites fréquentés par les chercheurs servaient à des chercheurs venant du monde entier de chantiers-écoles pour les techniques de fouilles et ses laboratoires enseignaient et favorisaient la diffusion de techniques innovantes d’étude des collections.

L’IPH était explicitement cité comme modèle pour l’Institut italien de paléontologie humaine (IsIPU). Fondé en 1927, il réussit à imposer son monopole sur le territoire italien pour l’étude des cultures paléolithiques.

Pour cette communication, j’intégrerai à la description des relations scientifiques entre l’IPH et son homologue italien, l’analyse du réseau qu’un de ses chercheurs, l’abbé Henri Breuil, entretenait avec une autre institution basée à Rome : le Musée missionnaire-ethnologique du Vatican. A partir de l’analyse de ces réseaux de chercheurs, ma présentation s’intéressera à la construction du domaine internationale de la recherche en paléontologie de l’entre-deux-guerres.

Maddalena Cataldi (CNRS, LaHRA)

Une histoire des activités savantes par l’analyse muséographique : la mise en scène des chaires de botanique en leur galerie (1841-1935)

Pierre Petit, Vue des Galeries de Botanique, vers 1885. Muséum national d’Histoire naturelle, IC 967.

Au début des années 1840, dans un pavillon situé à l’extrémité de la galerie de minéralogie et de géologie du Jardin des Plantes, une galerie publique de botanique ouvre ses portes au grand public. Loin de se résumer à un simple espace de stockage, cette vaste salle constitue le théâtre d’aménagements dont l’évolution, répartie sur près d’un siècle, reflète les préoccupations et les missions des chaires de botanique qui en assuraient la supervision. Cette présentation propose de revenir sur trois de ces phases muséographiques, en variant les échelles des dispositifs analysés.

À son ouverture en 1841, la galerie conçue par les professeurs Adolphe Brongniart (1801-1876) et Adrien de Jussieu (1797-1853) transpose dans un nouveau lieu le parcours de visite de la galerie Léger, qui servit de bâtiment de stockage pour les collections de botanique après leur extraction du Cabinet d’histoire naturelle. Le contenu des anciennes salles est réparti dans des meubles variés qui maintiennent leur division par typologie de spécimens. Certains ensembles thématiques conservent également leur cohérence : parmi eux, l’ensemble d’anatomie végétale dont les spécimens phares témoignent de la persistance d’une « culture de la curiosité ». Dans un second temps, à l’occasion d’un vaste chantier de réorganisation des collections initié par le professeur Édouard Bureau (1830-1918) à la fin des années 1870, les spécimens de bois sont extraits de la galerie pour être inscrits dans un projet scientifique autonome. À la faveur de ce mouvement, une seconde série de végétaux fossiles est installée non plus selon une logique systématique, mais selon celle des terrains géologiques, incarnés par la carte géologique de la France en cours d’élaboration. Ce nouveau dispositif souligne la prolongation des recherches de Brongniart par Bureau, tandis que les vitrines sont employées dans le cadre des enseignements de son aide-naturaliste Bernard Renault (1836-1904). Enfin, au début du XXe siècle, certaines armoires de fruits et de graines laissent place à des vitrines thématiques centrées sur des ressources végétales telles que le coton et le caoutchouc. Ce renouvellement, sans doute mis en œuvre par le professeur Henri Lecomte (1856-1934) et son équipe, témoigne d’un encouragement à l’exploitation raisonnées des espèces tropicales autant qu’il permet la mise en valeur des collecteurs de l’établissement. Il s’agit de la dernière transformation d’une galerie qui fermera ses portes dans les années 1930, durant lesquelles les botanistes délaissent l’activité d’exposition des collections au profit d’autres occupations.

Diane Courtin (UMR 208 PALOC, MNHN, OPUS SU)

Matérialité, mobilité et régime de connaissance dans la construction du cerveau comme marqueur de la race dans les empires français et britanniques (fin XVIIIe-milieu XIXe siècle)

« Leçons de chirurgie pratique et clinique », Papiers de Pierre-Nicolas Gerdy, Ms 5162 (Boîte IV. Mémoires, cours, notes diverses), Bibliothèque Inter-Universitaire de Santé.

De la fin du XVIIIe jusqu’au milieu du XIXe siècle, les collections d’histoire naturelle et d’anatomie de Paris (Muséum d’histoire naturelle), Londres (Hunterian Museum) ou Édimbourg (Anatomical School) abritent un nombre très réduit de cerveaux de personnes non-européennes, surtout en comparaison avec la grande variété et le large nombre de crânes alors présents. Pourtant, le cerveau, au même titre que le crâne, est construit comme un marqueur de la différence raciale dès les années 1770 et sert de base à la projection de théories sur les différences humaines tout au long de la période. Pour comprendre cette différence, il peut être intéressant d’aller au-delà des archives des catalogues de collections et de se pencher sur la manière dont les cerveaux à cette époque étaient extraits, préparés, conservés et disséqués grâce à des traités médicaux, des articles de chimie et des instructions aux voyageurs-naturalistes notamment. À la matérialité spécifique du cerveau correspondait alors aussi une mobilité particulière à l’échelle coloniale, là aussi différente de celle des crânes et caractérisée par des difficultés à conserver et transporter cet organe. En ce sens, la matérialité du cerveau, non pas comme donnée, mais comme relation construite par les savants avec leur objet d’étude, et sa mobilité peuvent être comprises ensemble et informer sur la manière dont les cerveaux étaient « collectés ». Il s’agit alors d’envisager, dans le cas des cerveaux, les processus, parfois violents, que ce terme naturalise.

Il apparaît alors que, à la différence des crânes, les cerveaux étaient compliqués à extraire, conserver et transporter, et ne circulaient pas à une échelle globale ou coloniale, ce qui déterminait en partie leur absence dans les collections d’histoire naturelle et d’anatomie de cette période. Toutefois, les théories sur les différences raciales fondées sur le cerveau ont continué à se diffuser en Europe. Ce cas amène ainsi à repenser les liens entre ce que l’on pourrait considérer comme une matière première de l’enquête anthropologique et la construction de théories raciales. Il invite à réfléchir autrement au lien entre matérialité, mobilité et régime de savoir. J’avance à ce titre que les savants ont eu recours à l’étude d’autres types de cerveaux relevant d’autres catégories de différences (animalité, genre, statut social, maladie mentale) afin de construire le cerveau comme marqueur de la race. Plus fondamentalement, il apparaît que le cerveau a été construit comme un organe « malléable », à la fois conceptuellement et matériellement, dans le sens où il servait à la projection d’une grande quantité de théories sur les différences humaines. Cette construction faisait alors écho à la notion de race elle-même, pour qui l’instabilité conceptuelle et l’indétermination matérielle ne sont pas des obstacles mais plutôt les raisons propres de sa persistance.

Maxime Guttin (Institut Universitaire Européen, Collège de France)

Le Muséum national d'histoire naturelle, objet d'Histoire (recherches, hommes, institutions, patrimoine, enseignement)